Le front commun syndical a confirmé l’organisation d’une manifestation nationale à Bruxelles le mardi 12 mai. La CSC, la FGTB et la CGSLB appellent les travailleurs à converger vers la Gare du Nord pour protester contre plusieurs réformes portées par le gouvernement fédéral Arizona. Le lendemain, le 13 mai, la Chambre des représentants doit se prononcer en séance plénière sur le nouveau projet de loi sur les pensions.

Ce que contient la réforme

La mesure centrale du texte est l’introduction d’un malus pension. Concrètement, les travailleurs qui n’auraient pas atteint un seuil minimum de 156 jours de travail par an pendant au moins 35 ans verraient leur pension réduite en cas de départ anticipé. Une tolérance de cinq jours est prévue pour éviter des situations limite. Plusieurs périodes sont par ailleurs considérées comme assimilées au travail effectif : les congés de maternité, de paternité et d’adoption, les arrêts maladie, le chômage temporaire et les congés pour aidants-proches.

La position du gouvernement

Pour le ministre des Pensions Jan Jambon (N-VA), la réforme répond à une nécessité structurelle. Face au vieillissement de la population, il estime que le statu quo n’est plus tenable et que la réforme est indispensable pour garantir la viabilité financière du système à long terme. Devant la commission des Affaires sociales de la Chambre fin avril, il a également nuancé les projections critiques publiées par le Bureau fédéral du Plan, estimant que certaines simulations présentaient les effets de la réforme comme si elles avaient déjà atteint leur plein régime, alors que plusieurs mesures seront introduites progressivement sur quinze ans. Sur la question des femmes, le ministre affirme avoir tenu compte de la situation spécifique des travailleuses qui assument des tâches de soins.

Les objections syndicales

Les organisations syndicales s’appuient sur l’analyse du Bureau fédéral du Plan pour contester ces arguments. Selon cette étude indépendante, si la réforme freine bien la hausse des dépenses de pension à long terme, elle s’accompagne d’un coût social : le risque de pauvreté parmi les nouveaux pensionnés passerait de 5,9 % à 6,3 % d’ici la fin de la législature. L’étude pointe également un impact plus marqué sur les femmes, en raison notamment de la limitation des périodes assimilées et de l’introduction du malus.

Par ailleurs, les syndicats s’opposent à toute remise en cause du mécanisme d’indexation automatique des salaires, et réclament que l’effort budgétaire soit réparti plus largement, notamment via une fiscalité accrue sur les grandes fortunes.

Le cas des pilotes de ligne

Dans le secteur de l’aviation, le front commun syndical de la branche a déposé un préavis de grève national, dénonçant une incompatibilité entre la loi belge, qui repousse l’âge de la retraite à 66 ans, et la réglementation européenne, qui interdit à tout pilote de ligne de voler au-delà de 65 ans. Des licenciements sans indemnités auraient déjà été signalés. Au cabinet du ministre Jambon, la situation a été qualifiée de cas isolé, sans modification législative envisagée à ce stade.

Un mouvement inscrit dans la durée

La précédente manifestation nationale remonte au 12 mars. Entre 80 000 personnes selon la police et plus de 100 000 selon les syndicats avaient alors défilé dans les rues de Bruxelles, provoquant des perturbations importantes dans les transports, les administrations et les services publics à l’échelle du pays.

Depuis l’automne 2025, les actions syndicales ont déjà permis plusieurs avancées : la prise en compte des périodes de chômage temporaire, l’assimilation des jours de maladie au travail effectif pour le calcul du malus, et le maintien des dispositifs d’emploi de fin de carrière. Les syndicats estiment cependant ces concessions insuffisantes et maintiennent leur mobilisation à l’approche du vote.

Lisez ou relisez nos derniers articles.